vendredi 13 juillet 2012

"ACAB", la force pas tranquille

SORTIE FRANÇAISE - Stefano Sollima appuie là où ça fait mal, au sein d'une brigade.  


ACAB est tiré d'un livre du journaliste Carlo Bonini.
ACAB est tiré d'un livre du journaliste Carlo Bonini.
Flics vs hooligans, manifestants et cie. Le combat semble éternel. ACAB – All Cops Are Bastards se range du côté CRS, en revisitant des faits réels. Brutalité de la vie privée et violence de la vie professionnelle se mêlent.

 Le film se focalise sur une seule vision du monde, non nuancée par un regard externe. Stefano Sollima embarque sa caméra dans la brigade et n’en ressort pas.
Il appuie sur les pressions venues de toutes parts, familiale, politique, communautaire, comme pour tenter de montrer l’inexplicable : la conviction viscérale qui pousse l’homme à être sanguinaire de profession. La haine s’infiltre à chaque instant, dans toute relation à l’autre.

La force brutale pour faire régner l’ordre, selon le principe machiavélique. Caméra à l’épaule et dynamisme du montage à l’appui, cette lorgnette fixée sur le CRS secoue et, parfois, écœure. Il y a quelque chose de paradoxal, dans le royaume de Sollima. Où veut-il donc en venir ? Au menu, pas d’accusation, pas d’empathie, pas d’analyse, pas de réalisme distancié. Il donne à subir une agressivité éprouvante, sans échappatoire. Gandhi doit s’en retourner dans sa tombe.

L’œil du spectateur demeure perplexe, surpris, réactif, tiraillé. Sans bien savoir où aller, il vit une expérience différente et en a pour son argent. Celui qui fracasse l’écran et porte ACAB à bout de bras (musclés), c’est Pierfrancesco Favino. Gros dur portant matraque en main, ce "bastard" à l’état brut laisse sans défense.




ACAB: All Cops Are Bastards de Stefano Sollima, sortie française mercredi 18 juillet. Avec Pierfrancesco Favino, Filippo Nigro, Marco Giallini, Andrea Sartoretti...

À GAGNER : les cinq premières personnes qui rejoindront la page Facebook Bellissima films et écriront sur le mur "ACAB, au cinéma le 18 juillet !" gagneront une invitation pour 2 personnes pour découvrir le film au cinéma.

1 commentaire:

  1. Il m'a semblé plutôt que le but de Sollima junior était de dépeindre, de décrire "de l'intérieur" une réalité au fond peu souvent montrée et de laisser le spectateur penser par lui-même, à qui il appartient de tirer les conclusions, même si on a, in fine, un personnage de "whistle-blower" qui finit par dénoncer ses camarades CRS égarés hors de la loi. C'est un constat assez effrayant, dur, frontal et sans apprêt sur une société italienne beaucoup moins connue à l'étranger qu'avant - à cause de la non circulation des films, justement - et qui semble avoir un sacré problème de racisme sur les bras - racisme au vrai sens du terme, celui de la pensée raciale, contre laquelle l'influence de Croce ("Combien arbitraires, fantastiques et improbables sont les théories de la race") avait si longtemps constitué un antidote. Mais nous sortons là des limites du cinéma, alors passons. Je retrouve dans ce film une vertu cardinale du cinéma italien que j'ai toujours aimé opposer au cinéma américain, qui aime tant les petites morales à la fin. Le spectateur, ici, est tenu pour majeur et non pour mineur - libre, quoi - et donc on ne tire pas les conclusions morales à sa place. Si la distribution du cinéma était restée normale, ACAB ferait le tour du monde.

    Marc Provencher

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