jeudi 29 août 2013

Valerio Mastandrea, artiste de la frustration

PORTRAIT – À 40 ans passés, il a tourné avec les plus grands réalisateurs italiens. Habitué des rôles secondaires et des personnages insatisfaits, l’acteur excelle dans le domaine.


Devenir adulte (Tutti giù per terra) de Davide Ferrario
"J’étais libre ! Libre dans le sens que je n’avais rien à faire." 1997 : après une série de figurations, de la télé et du théâtre, Valerio Mastandrea sort de l’anonymat en incarnant le désarroi de la jeunesse d’alors, dans Devenir adulte (Tutti giù per terra). Du haut de ses 25 ans, avec deux sublimes mèches de cheveux décolorées et une moue désabusée.

Si le film de Davide Ferrario importe peu, l’acteur trouble par son visage atypique.
Le front large, le menton légèrement en avant, les sourcils froncés et le regard perdu…  Locarno craque et lui décerne son Prix d'interprétation masculine.

C’en était fait : le Romain allait interpréter des types dépassés par les événements.


Valerio Mastandrea dans La prima cosa bella de Paolo Virzì
La prima cosa bella de Paolo Virzì

Les années Virzì


Après un détour par les planches pour la comédie musicale à succès Rugantino, il reprend les petits rôles. Il apparaît dans Gente di Roma (2003) d’Ettore Scola et Le Caïman (2006) de Nanni Moretti.

Engagé, il réalise également le court métrage Trevirgolaottantasette, avec Elio Germano et Jasmine Trinca devant la caméra, pour dénoncer les fréquents accidents du travail en Italie (le titre fait référence aux 3,87 décès par jour en 2004).

Sa carrière cinématographique se poursuit par le rôle d’un rockeur sur le retour dans Ciao Stefano (Non pensarci) de Gianni Zanasi, en 2007. La comédie passe les Alpes et bénéficie d’une sortie française. En Italie, le film devient même une série télé de 12 épisodes, toujours menée par Valerio Mastandrea.

L’ayant découvert quelques années auparavant pour les besoins de Napoléon et moi, le réalisateur Paolo Virzì le prend sous son aile – jolie reconnaissance. D’abord en syndicaliste inefficace pour Tutta la vita davanti en 2008, avant d’être le fils déboussolé de Stefania Sandrelli dans La prima cosa bella en 2010. Rôle qui lui permet de décrocher un David di Donatello du meilleur acteur.

Malgré cette distinction, Valerio Mastandrea demeure abonné aux personnages mineurs. Après un passage dans la comédie musicale américaine Nine de Rob Marshall en 2009, on le voit également dans Ruggine de Daniele Gaglianone et Tutti al mare de Matteo Cerami en 2011, dans Piazza Fontana de Marco Tullio Giordana en 2012… Mimique incontournable du cinéma italien, il se fond dans le décor sans porter les films. Avec toujours cette charmante désinvolture.


Les Équilibristes d'Ivano De Matteo

Direction Venise


La maturité lui apporte toutefois plus de prestance. Cette année, à 41 ans, l’acteur renoue avec les rôles principaux. Touchant père divorcé et isolé dans Les Équilibristes, il remporte un deuxième David di Donatello du meilleur acteur (accompagné du David di Donatello du meilleur acteur non protagoniste – on ne s’en défait pas – pour Viva la libertà).

S’ensuit, cet été, le prix Gian Maria Volonté 2013 de La Maddalena. Lucide, il déclare alors dans la presse locale : "J’ai une caractéristique, comme m’a dit une fois une personne qui me critiquait : faire des personnages minimalistes frustrés.  C’est vrai,  je le reconnais, et j’en ai presque marre d’aborder mes personnages de cette manière, aussi souvent. Mais c’est sûrement le terrain sur lequel je me sens le mieux." (La nuova Sardegna, 28 juillet 2013)

Mais, en pleine montée en puissance, Valerio Mastandrea se prépare actuellement à passer par la Mostra de Venise, du côté des Journées des auteurs, dans le rôle principal le plus prometteur de son parcours : Daniele Gaglianone lui a demandé, pour La mia classe, d’interpréter... un acteur. Un acteur qui doit jouer les enseignants d’italien à des élèves immigrés.

Étrange mise en abyme, très attendue sur le Lido.



Pour en savoir plus
La mia classe ("Ma classe") de Daniele Gaglianone. Avec Valerio Mastandrea, Bassirou Ballde, Mamon Bhuiyan, Gregorio Cabral

Merci à Sylvie Jouvert, admiratrice de Valerio Mastandrea et lectrice de Caro cinema, qui m’a signalé l’article de La nuova Sardegna.

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