lundi 2 juin 2014

Les pires traductions de titres de films

MARKETING – En italien, ils sonnent bien. Mais côté français, pour d’obscures raisons, ils perdent leur âme. Top 10, avec une nette préférence pour cette dernière décennie.


Ciao Stefano (Non pensarci)Pourquoi tant de haine ? Passer de "N’y pense pas" en VO à Ciao Stefano
 
Un seul argument paraît valable pour aller voir cette comédie au réalisateur et aux acteurs méconnus : sa nationalité italienne. Alors, afin de séduire les spectateurs français un peu niais, autant prendre un mot exotique que tout le monde connaît, "Ciao" !

Quant à Stefano, il s’agit juste du personnage principal. Ne cherchons pas midi à 14 heures.

I Vitelloni
Si on trouve désormais le chef d’œuvre de Fellini en France sous son titre original, il n’en a pas toujours été ainsi… Ces grands gamins trentenaires sont dans l’Hexagone "Les Inutiles", lors de leur arrivée en salle.

Mauvais, le titre traduit ne prendra jamais. 

En argot italien, le terme "vitellone" veut dire "glandeur". Trop vulgaire.

Io sono Li
À la décharge des distributeurs, ce charmant jeu de mot s’avère intraduisible. Le titre de ce film d'Andrea Segre signifie  à la fois "Je suis là-bas" et "Je suis Li" – Li étant le prénom de la protagoniste chinoise, immigrée à Chioggia.

Chioggia ? C’est dans la lagune, ça fait toujours rêver… Va pour La Petite Venise !

Moins terrible, mais dans la même lignée géographique, Dieci inverni ("dix hivers") de Valerio Miel devient Dix hivers à Venise (tant pis si l’action se passe parfois à Moscou) et Un giorno speciale ("un jour spécial") de Francesca Comencini Une journée à Rome. Vive le tourisme !

  • 4) Nuovomondo Golden Door d’Emanuele Crialese (2006)
Pourquoi traduire un titre italien en français ("Nouveau monde"), alors qu’on peut en trouver un en anglais ?

Avec Golden Door, on pense tout de suite gros budget, Tom Cruise, effets spéciaux…

Qu’importe si l’acteur principal se nomme en fait Vincenzo Amato.


  • 5) Mine vagantiLe premier qui l’a dit de Ferzan Ozpetek (2010)
Mine vaganti
Deux frères veulent révéler à leurs parents leur homosexualité. Une nouvelle qui fera forcément office de bombe. Mais les "Mines errantes" de Ferzan Ozpetek n’auraient pas plus aux Français. Alors puisqu’on parle de coming out… Le premier qui l’a dit !

Déjà, les "Fées ignorantes" (Fate ignoranti) du même cinéaste ont été baptisées Tableau de famille en 2001. Trop subtil pour les Français, ce Ferzan.

Romanzo di una strage
En son temps, le Romanzo criminale ("Roman criminel") de Michele Placido avait échappé à une traduction. Mais six ans plus tard, le pauvre  Marco Tullio Giordana ne connaît pas le même sort.

Son "Roman d’un massacre" n’est pas assez évocateur… Alors on lui a donne simplement pour nom le lieu de l’attentat milanais qu’il retrace, la place Fontana.


  • 7) Accattone Accatone de Pier Paolo Pasolini (1961)
Accattone
L’un des plus grands mystères de la traduction. Le voyou Accattone de Pasolini perd un "t" en passant de l’autre côté des Alpes. Le pauvre.

Il peut se consoler en sachant que, quelques années auparavant, Le Voleur de bicyclette de Vittorio de Sica se trouvait, lui, bien esseulé : en Italie, le titre est au pluriel, Ladri di biciclette ("Voleurs de bicyclette").

En passant la frontière, certaines lettres se font la malle.

  • 8) Pane e tulipaniPain, tulipes et comédie de Silvio Soldini (2001)

Pane e tulipani
En France, la critique boude le cinéma transalpin contemporain. Alors, pour lui rappeler la grande époque des comédies de Luigi Comencini (comme Pain, amour et fantaisie en 1953), on rallonge un peu la sauce pour ce film de Silvio Soldini, sorti en 2001.

"Pain et tulipes" a certainement autre allure sous l'appellation Pain, tulipes et comédie. Qu'on se le dise : ceci n'est pas un drame.


  • 9) Il sorpassoLe Fanfaron de Dino Risi (1962)
Il sorpasso
Vittorio Gassman fanfaronne avec classe au volant de sa Lancia, cela ne fait guère débat.

De là à supprimer du titre toute idée de "Dépassement" ("Sorpasso"), réel ou métaphorique…

On gagne, par-dessus le marché, un mot qui vieillit mal : Le Fanfaron.


Ultimo bacio
En Italie, c’est le dernier ("Ultimo"). En France, c’est "juste" un baiser. Qui semble le plus romantique ?

L’histoire se répète huit ans plus tard, pour la sortie du deuxième opus. "Embrasse-moi encore" perd son ton impératif : Encore un baiser.

Peut mieux faire.



Pour en savoir plus
D’autres titres de films italiens traduits en français vous ont-ils marqué ? N’hésitez pas à laisser un commentaire.

3 commentaires:

  1. Je me suis beaucoup amusée a lire cet article!bravo ou brava,pour le dire en italien;)
    Cla s

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  2. Assez curieusement, je ne suis pas d'accord pour LE FANFARON, qui renvoie à la personnalité envahissante de Bruno Cortona. ("Le monde est plein de Bruno Cortona", nous prévenait déjà Dino Risi. Depuis cette époque, ils se sont multipliés de façon exponentielle !)

    Cela dit, voici quelques perles de mon cru, où l'on soupçonne à la fois l'incompétence des traducteurs, mais aussi un complexe de supériorité bien français.

    1) IO NON HO PAURA qui devient L'ÉTÉ OÙ J'AI GRANDI, c'est carrément du sabotage pour cet oppressant suspense de Gabriele Salvatores transformé en "film de vacances".

    2) Un des plus grands mystères ex-aequo : a) pourquoi diable GLI INDIFFERENTI, un des meilleurs films de Francesco Maselli (1964), n'est pas traduit par LES INDIFFÉRENTS ? Fallait-il vraiment que ça s'appelle LES DEUX RIVALES ?

    et b) pourquoi diable PARENTI SERPENTI (1992), un excellent Monicelli, ne s'est pas appelé PARENTS SERPENTS mais bêtement UNE FAMILLE FORMIDABLE ? Sabotage, sabotage !

    Marc Provencher

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    1. Eh eh... Merci pour ces ajouts : du sabotage, effectivement !

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