mardi 5 mai 2015

"Mia madre" : la chambre de la mère

CRITIQUE – À l’écran en Italie, le dernier film de Nanni Moretti divise. On a cette fois plus de mal à porter aux nues le réalisateur, toujours troublant.


Après l’insoutenable deuil de l’enfant (La Chambre du fils), celui des parents. Mia madre porte toute la tristesse de Nanni Moretti. On le sent vieillissant, en mal d’inspiration et de force vitale. À l’image de cette mère qui part, emportant une partie de lui.

Le réalisateur se raconte à travers un personnage féminin et se met à distance en interprétant le rôle du frère. Comme pour mettre un peu de pudeur dans ce récit très personnel, toujours sincère.
Margherita jongle entre le tournage de son film, l’éducation de sa fille unique et une relation amoureuse difficile, tout en se rendant chaque jour au chevet de sa maman mourante. On n’y coupe pas : quelques larmes s’échappent des yeux des spectateurs, sur un sujet qui touche forcément à l’intime.

Ces mêmes larmes avaient coulé devant La Chambre du fils. Mais à la sortie de la salle obscure, la sensation diffère. Ce n’est pas à un chef-d’œuvre que l’on a assisté. Les attentes, forcément, modifient le jugement. N’aurait-on pas été plus satisfait, si Mia madre était œuvre d’un réalisateur inconnu ? On fait ici face à un petit Nanni Moretti, mais à un bon film.

Sa réussite : exprimer cette lourdeur, cette torpeur qui survient, lorsqu’on voit partir l’un de ses parents et que l’on se sent vieillir. L’image demeure sombre. Juste dans son propos. Le cinéaste maintient fermement l’austérité, comme par respect pour son sujet. On retrouve aussi, çà et là, quelques rayons de lumière du Nanni Moretti qu’on aime : des journalistes tournés en dérision, la critique d’un certain cinéma à la violence inutile ("Moi, je n’aime pas les coups !", s’énerve Margherita), un acteur américain dingue, de l’autodérision ("Ne contredis jamais la réalisatrice, elle a toujours raison", conseille Giovanni) et un profond sentiment d’inadéquation…

Mais, devant la caméra, Margherita manque de créativité et il en est de même pour Nanni. À travers elle, il l'avoue : « Je veux retourner à la réalité », perdant foi dans le cinéma. On peut filmer l’absence d’inspiration avec beauté, Paolo Sorrentino l’a prouvé dans La grande bellezza... Ce n’est pas le cas ici. À trop s’attacher à la sobriété, à ne plus croire en rien, Mia madre ne prend pas son envol.

Tant pis. Un Moretti demeure toujours plaisant. On espère juste que cela ne sonne pas la fin d’une époque.




Pour en savoir plus
Mia madre de Nanni Moretti, sortie italienne jeudi 16 avril 2015, sortie française prévue le 23 décembre 2015. En compétition officielle au festival de Cannes. Avec Margherita Buy, Nanni Moretti, John Turturro, Giulia Lazzarini...

À lire également : Premières images : Nanni Moretti (re)fait sa crise dans "Mia madre"
"La Chambre du fils" : Nanni Moretti paye pour son retard
Nanni Moretti : petit manuel pour l’utilisateur cannois

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire