dimanche 27 septembre 2015

Leçon de cinéma de Sergio Castellitto : "L’histoire est le cheval de Troie dans lequel tu caches ta vision de la vie"

FESTIVAL / ANNECY CINÉMA ITALIEN 2015 – Hier, l’acteur-réalisateur rencontrait le public, pour une réflexion sur sa carrière, ses films, sa vision du métier. Le tout dans un français impeccable. Morceaux choisis.


© Annecy Cinéma Italien
Sa carrière d’acteur
« Un acteur doit toujours penser que la grande occasion doit encore arriver. Cela fait partie de l‘aspect névrotique de mon métier ! Mais la chance compte autant que le talent. Moi, j’ai eu de la chance. »
« Je me suis toujours considéré un acteur charnière, qui a pu voir les deux côté de la montagne. J’ai d’abord travaillé avec des grands maîtres, face à qui je me sentais comme un étudiant. Puis, j’ai tourné avec des gens plus jeunes que moi. Au total, j’ai traversé trois générations ! »


Le Général de l’armée morte de Luciano Tovoli, avec Michel Piccoli et Marcello Mastroianni
« Mon premier film : j’étais terrorisé. J’avais le petit rôle de l’expert albanais. C’était comme une sorte de deuxième école de théâtre ! »
« Avec Michel, j’ai appris la capacité à rester acteur même si tu es devenu une star, à toujours combattre la mégalomanie de ce métier. »
« Le premier jour – c’est toujours le plus difficile ! - je devais tendre une médaille de soldat à Marcello, et ma main tremblait. Il l’a bloquée. Sa simplicité est la qualité principale de sa grandeur. Il n’a jamais oublié la peur de l’acteur. Lui aussi était nerveux pendant les gros plans. La peur te fait sortir des choses. »

Des projets de films en France ?
« Pour le moment, non. Je me suis mis à travailler sur mon prochain film comme réalisateur. Mais j’ai travaillé avec des gens très bien en France : Luc Besson, Laetitia Masson… et, bien sûr, Jacques Rivette. Chaque fois que je lui demandais "Qu’est-ce que je dois faire ? Qu’est-ce que je dois dire ?", il répondait "Je sais pas". Il nous laissait une indépendance extraordinaire ! »

Le passage à la réalisation
« J’ai toujours joué comme un metteur en scène, en revendiquant le droit de signer mon interprétation. J’adore obéir au réalisateur, mais dans un cadre de trahison…. Il y a des situations où tu dois lui montrer la direction dans laquelle tu veux jouer la scène. C’est toujours une relation de grande amitié, mais en même temps de conflit. »
« Après beaucoup d’années comme acteur, je me suis aperçue que je rejouais la même image de moi-même. Alors, je suis passé à la réalisation. Dans la vie, il faut toujours rester étudiant. »

Le théâtre
« J’ai commencé avec le théâtre. Marcello [Mastroianni, NDLR] et Vittorio [Gassman, NDLR] ont aussi débuté comme ça. C’est un lieu imaginaire dans lequel le comédien acquiert les bases, la relation avec les autres. J’ai tout appris sur scène. Mais de grands acteurs n’en ont jamais fait et ont une relation naturelle avec la caméra. Par exemple, Stefania Sandrelli. Elle a un aimant qui attire l’objectif ! »

Sa relation de travail avec sa femme, l’auteur Margaret Mazzantini
« Quand j’ai adapté Non ti muovere, Margaret m’a dit : "Ça, c’est le livre. Déchire les pages, fais-en ce que tu veux !" Elle n’est venue que deux fois sur le plateau. Chacun son métier !  Elle m’a toujours donné une indépendance totale. Au début, je ne voulais même pas jouer dans le film, j’avais pensé à John Malkovich…. Et au final, mon côté acteur a pris le dessus : ce rôle était très beau ! »

Nessuno si salva da solo, son dernier film en date comme réalisateur (projeté à Annecy)
« Ne regardez pas ce film, épiez-le ! Comme lorsqu’on observe la table d'à côté au restaurant ou qu’on écoute ses voisins à la maison. Le cinéma devrait toujours épier ! »
« Je pense que la chose la plus intéressante est de raconter des histoires. L’histoire est le cheval de Troie dans lequel tu caches ta vision de la vie. »
 « Le livre est beaucoup plus dur, déchirant, net, à la fin. Mais j’adore l’idée de laisser une fenêtre ouverte. Je suis un fan des happy ends ! Je voudrais aussi que la vie ait un happy end… Et le cinéma ne doit pas être une punition. »
« En Italie, j’ai fait une promotion complétement liée au web et Nessuno si salva da solo a engrangé presque 4 millions d’euros. Je ne crois pas que cela soit dû à la présence à l’affiche des stars Riccardo Scamarcio et Jasmine Trinca. Aujourd'hui, il n’y a pas un acteur italien qui puisse donner la victoire à un film (ou alors seulement les comiques, comme Verdone)… L’œuvre ne marche pas, s’il n’y a pas quelque chose qui accroche le public. Quant au rôle prescripteur de la critique, il a disparu totalement. »


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